Blackout
Il y a des instants qu'il faut dévorer avant que la vie nous bouffe.
Malheureusement, parfois la mémoire nous les vole. Comme hier. Quelques verres et le blackout est là. Mon esprit m'a vraiment joué un coup dégueulasse ce soir-là. Pas franchement le souvenir d'avoir ingurgité de l'alcool en masse. Au réveil, instant de flippe. Mes vêtements disséminés un peu partout dans l'appart ne laisse pas franchement planer le doute sur le déroulement de la fin de soirée. Pourtant rien ne me revient. Le noir. La seule pensée qui parasite mon cerveau, c'est des fragments de mon passé. Avant que les lumières ne s'éteignent pour la nuit dans mon cerveau, j'ai évoqué le sujet, fais chier... Le passé, c'est comme la politique, la religion, le nombres de tes ex-partenaires sexuels et la nature de ta relation présente : tu fermes ta gueule et tu fais semblant que tout cela n'existe pas. Malheureusement, la diarrhée verbale ne se contrôle pas toujours et tu déblatères sur ce qui devrait être tu à jamais.
Revenons au matin.
Je suis plantée au milieu du salon avec mon pantalon à la main. Coincée entre mon envie d'être avec lui, dans ses bras, dans l'odeur de son corps et celle de fuir à nouveau, comme toujours, comme une conne.
Cette histoire d'amnésie me rends un peu dingue sur les bords.
La dernière fois que ma mémoire s'est offerte un trou noir aussi opaque, c'était pour oublier la quasi-totalité de mon enfance. A partir de mes 16 ans, mes souvenirs ont dû en avoir leurs claques de jouer à cache-cache. Des flash-back se sont révélés, les morceaux se sont recollés, doucement...
Revenons au matin.
Je prends la mauvaise décision. Comme toujours, comme une conne.
A ma décharge, elle me semblait la seule acceptable. Pourquoi accepter le risque d'être encore souillée, écrasée et rejetée. Et si je ne m'en relevait pas cette fois-ci ? Paradoxalement, je n'ignore pas qu'en refusant de jouer le jeu, on finit de toute façon par se manger les gencives dans le trottoir. C'est laid.
En partant, je fais chier mon mec pour la journée en lui balançant une phrase à la con que je regrette aussitôt dans le froid de la rue.
Et oui, c'est sur, j'ai le chic pour pourrir un lundi...
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